Tu ne pourras jamais comprendre. Jamais. Peut-être que je suis présomptueuse de croire que moi je le peux. Pourtant je pense que c'est le cas. Peux tu te réveiller un matin en ayant envie de tout foutre en l'air et mettre ton plan à éxecution ?
Peux tu tomber dans une dépravation sans nom comme nous le pouvons, simplement parce qu'on le veut, parce qu'on sait que tout ça n'a aucune importance, au final on va tous crever ?
Peux tu écrire jusqu'à trois heures du mat' parce que les mots te déchirent les entrailles et t'empechent de trouver le sommeil, peux tu veiller jusqu'à avoir mal partout y compris jusqu'à la racine de tes cheveux ruisselants de pluie et de sueur juste pour savourer la beauté des étoiles ?
Peux tu prendre une lame, une aiguille, un cutter et lacérer ta chair pour être sure de sentir encore quelque chose, as tu envie de t'envoler le soir, dans ton lit, en voyant que le monde est pourri et qu'il n'y a pas de futur ?
Crois tu que tu puisses comprendre ma musique, notre musique, celle qui fait mal et qui soulage, celle qui dit plus que n'importe quels mots à quel point nous sommes nous, c'est à dire des âmes en perdition, condamnées à la souffrance ?
Peux tu comprendre la douleur, celle qui ne te quitte jamais, celle qui est là à chacun des tes pas, à chacun de tes gestes, qui t'empêche de trouver le sommeil, ou qui t'enfonce dans d'odieux cauchemars ?
Non, ma chérie. Non, ne cherches pas. Même si tu te scarifiais, même si tu te droguais, même si tu écoutais la même musique que nous, même si tu te fringuais comme nous, tu ne serais pas comme nous. Non, en fait tu ne serais pas comme MOI. Rendre quelqu'un heureux, c'est une chose, le rendre lui-même en est une autre.
Non, ma chérie. Tu es trop candide. Tu crois tout ce qu'il te dit, et peut-être qu'il t'aime. Non en fait, il a pitié. Une pitié mêlée de tendresse et d'habitude. Oui, et tu vois je ne te hais pas. Je ne t'en veux pas. J'ai juste de la peine pour toi qui ne peux pas comprendre.
Non, ma chérie. Rien n'est éternel, si ce n'est ce qu'on est au plus profond de nous. Moi je sais ce que tu es. Tu es une future femme au foyer, une gentille maman qui prépare des gâteaux, qui surveille ses chiens et qui téléphone à ses amies pour prendre un café. Tu n'es pas une rebelle, toi, non tu es une gentille fille, pas prise de tête, pas très exitante non plus il faut bien le dire.
Oui, ma chérie. Berce toi de douces illusions en pensant qu'il y a une place pour toi dans notre Enfer. Crois-y aussi fort que tu veux, les portes de notre paradis perdu resteront à tout jamais fermées pour toi. Parce que je suis le sang, parce que je suis la clé, parce que je suis la chaine, parce que je suis le début. Parce qu'il est la veine, parce qu'il est la porte, parce qu'il est le cadenas et parce qu'il est la fin...
Bien à toi, Cerise...